Kaamelott, premier volet : le prologue type par Alexandre Astier.

Synopsis

Dix après la fin des événements du Livre VI, Arthur est forcé à remettre les pieds dans le royaume de Logres, devenu une dictature dirigée par Lancelot et sa cour de traîtres. En sous-sol, la résistance s’organise…

Le B.A.BA d’une trilogie : le film-prologue

Pour être franc, je n’avais pas prévu de commencer cette critique comme cela. Je pensais commencer directement en entrant dans le vif du sujet, en parlant du casting, du scénario, etc. C’était sans compter sur ce que les réseaux sociaux ont de pire : les fans hardcore bas de plafond. Qui, dans le cas présent, n’ont pas compris le projet. Beaucoup ont critiqué l’absence de certains personnages, le manque de répliques nouvelles et le rythme du film. D’autres auraient voulu que tout aille plus vite.

Voilà pourquoi il est bon de rappeler le principe qui est à la base du concept de “trilogie”. Dans une trilogie, chacun des trois films a un rôle précis. Le premier doit poser le décors, présenter une partie des personnages, mener les spectateurs en bateau via un pseudo but principal qui s’avère être un leurre/apéritif, et laisser lesdits spectateurs en haleine en révélant, dans ses dernières scènes, le véritable but final de la trilogie.

Soyons clair : Kaamelott premier volet coche TOUTES ces cases. Pas plus, certes, mais pas moins non plus. On retrouve une partie des personnages que nous aimons, les répliques cinglantes fusent avec une verve et une précision magistrale malgré les années passées et le film m’a apporté ce que j’attendais, voire même deux scènes que je n’osais plus attendre depuis la saison 3. En repensant à ces deux scènes, mes réactions sont du genre “Mais whaaaat ?”, “Putain, enfin !!!!” ou encore “Il est des nôôôôôôôtres !”. 

Une galerie de personnages parfaites

Puisqu’ on parle des personnages, allons-y franchement. Arthur est quasi-égal au roi de nos souvenirs. On sent que les dix années qui se sont écoulées dans la chronologie de la saga ont laissé des traces. Nous avions quitté un Arthur revanchard, il a un peu changé mais son sens des responsabilités l’amènera à franchir un cap. Il finira par arborer une aura véritablement insoupçonnée. On voit que la dictature de Lancelot a des conséquences qui se sont étendues au reste du monde connu. Même Venec en porte le poids. Le duc d’Aquitaine, toujours joué par un Alain Chabat taille patron et affublé de sa peste de femme (Géraldine Nakache), se révèle sous un jour nouveau.

Karadoc et Perceval sont égaux à eux-même, et j’ai presque eut la larme à l’oeil en les retrouvant. Un peu comme quand on retrouve des parents que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Comme cela a été annoncé, ils sont l’un des rares clans de résistants à avoir survécu, grâce à une idée particulièrement débile mais extrêmement efficace. Merlin les y a aidé, et se montre enfin sous un jour véritablement héroïque. 

Léodagan et Séli se sont retranchés en Carmélide, et, même si cela n’est pas réellement précisé, il semblerait que les dix années passées ont été parsemées d’affrontements militaires entre Lancelot et Léodagan. Qui ont visiblement très vite tournés à l’avantage de Lancelot. Séli ne sais plus comment raviver la flamme d’un Léodagan que l’on découvre résigné, et rancunier envers Arthur. Quand on découvre le sort réservé à Guenièvre par Lancelot, on peux comprendre.

Guenièvre, justement, fait partie de ces quelques personnages dont la véritable importance au sein de la trilogie semble latente dans ce premier volet. Elle est en partie au second plan pendant les deux tiers du film, jusqu’à une scène magistrale, sublime, qui change tout et qui augure d’une évolution absolument géniale.

Je finirais avec les deux personnages qui me laisse un peu dans le brouillard. Mevanwi, dont j’attendais beaucoup, m’a parut assez effacée, en terme d’importance, à tel point que s’en est louche. J’ai aussi trouvé Caroline Ferrus moins impliquée dans son personnage que lors de la série. 

Mais c’est surtout Lancelot qui me laisse avec beaucoup de questions. Outre le fait que certaines de ses répliques sonnaient un peu faux, le film ne donne strictement aucun indice sur ce qui l’a poussé à devenir celui qu’il est dans ce premier volet. Ce qui me rassure, c’est que visiblement les autres personnages ne comprennent pas non plus comment il en est arrivé là. Celles et ceux qui connaissent bien Kaamelott noteront une première piste de réflexion quasiment dès ses premières scènes. En fait, ce questionnement est tellement énorme que j’en viens à penser que c’est totalement voulu par Alexandre Astier. 

Théorie personnelle : Lancelot ne serait pas le vrai méchant, et j’aimerais beaucoup voir le personnage tomber le plus bas possible dans le deuxième film, pour avoir une rédemption dans le dernier film.

Une oeuvre massive

Depuis le début, Alexandre Astier a annoncé que la trilogie Kaamelott serait un grand film en trois parties qui cloturera l’aspect audiovisuel de Kaamelott. Et pour cela, on sent tout de suite qu’il s’est donné les moyens de ses ambitions. Le royaume de Logres se révèle enfin dans toute sa splendeur. La direction artistique est magnifique et rappelle les grands films de fantasy et d’aventures. L’image est bâtie exclusivement pour un écran de cinéma, on est immergés au coeur de la Bretagne Arthurienne et c’est magnifiquement pensé avec un grand soucis du détail. Mais les autres paysages sont tout aussi magnifiques.

Mention spéciale à l’Auvergne qui sert de décors pour la Carmélide, mais aussi pour la modélisation des bases du château d’arthur. Oui, pour l’éternité le vrai Camelot existe et sera en Auvergne. Et pour l’auvergnat fier de sa terre que je suis, ça fait quelque chose.

La réalisation est aussi de bonne qualité. Evidemment, Alexandre Astier n’est pas encore au niveau d’un John Boorman ou d’un Peter jackson. Evidemment on sent qu’il a bien fait de vouloir réaliser d’autres films avant de faire celui-ci. Mais malgré tout, Chaque plan respire la passion, la culture cinéma, l’intelligence narrative et il n’y a rien à enlever ni à ajouter. Astier nous emmène précisément là où il veut. Les effets spéciaux sont gérés très intelligement aussi, le numérique étant présent juste quand il le faut. 

Le scénario, compte tenu du concept de trilogie, est imparable, efficace, réserve quelques surprises et fait que l’on ne s’ennuie que très peu. Les dialogues sont toujours aussi précis, et l’on sent que Astier est un amoureux des comédiens. Mention spéciale aux nouveaux personnages, dont j’ai pris soin de ne pas parler ici. A noter que, comme dans tout grand film moderne, je vous conseille VIVEMENT DE RESTER JUSQU’AU BOUT…

Enfin, la musique. Maintenant je comprends pourquoi Astier recommandait de ne pas écouter la bande-son avant de voir le film, car effectivement les titres de certains morceaux peuvent un peu spoiler. C’est l’inconvénient né du fait que Astier se place dans la lignée du génie John Williams, spécialiste des bandes originales basées sur des thèmes. Sans entrer dans les détails, je comprends que la prestigieuse maison d’édition musicale Deutsch Gramophone ait accueilli en son sein Alexandre Astier au côté des compositeurs légendaires. 

La musique de Kaamelott est la pierre angulaire du projet. Magnifique, bouleversante, énergique, mélancolique, elle emporte tout. L’orchestre national de Lyon n’a jamais, de toute son histoire, été aussi bon. Jamais.

Conclusion

Malgré quelques défauts, Kaamelott premier volet est un exemple parfaitement maîtrisé de… premier volet d’une trilogie. Tout y est, l’essence de la saga aussi, et c’est avec plaisir que l’on se laisse embarquer dans ce qui sera la dernière aventure d’Arthur Pendragon.

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